… A ce nouveau voyage qui se dessinait devant moi je vis que je n’en reviendrais pas … Tous les murs sont tombés, tout ce qui, vaille que vaille faisait une demeure s’effondrait.
Un papillon de nuit passa près de moi et me dit :
Si tu veux vivre, il faut arrêter de fuir, d’arranger, de réprimer ou de renforcer.
Il faut … que tu puisses traverser.
Le papillon m’apprenait que pour survivre en cette nuit, je devais laisser tomber tout costume, tout personnage, car cette réalité exigeait de moi ma complète nudité. Un dévoilement sans temps, sans espace. Un désert inscrit dans l’état présent.
Mais voilà , tout ce qu’exige l’instant présent c’est de suspendre les saisons, d’oublier son passé. De par cette réalité l’on renonce à diriger le cours des choses, à être son propre maître. C’est abdiquer tout pouvoir et perdre tout orgueil. Je devais donc enlever tout l’inutile et même le nécessaire. Le seul nécessaire c’était ma vie, mais qu’elle était le sens de « vie » alors que cette sensation m’apprenait qu’il fallait être en perpétuelle naissance ?
Il fallait que je me déshabille entièrement pour nager. Pour aspirer à ma vérité, je me devais d’être nu, défait de toute ma vêture intime, de mes pensées, de mes idées, de moi.
Je voyais désormais que l’allure de mes pas ne dépendait pas de mon bon plaisir et que d’ailleurs, il ne l’avait jamais été.
Dans l’état où j’étais, chaque seconde était comme une vie entière qui commence par la naissance et s’achève par le deuil. L’éternel cycle se jouait maintenant de moi et sa pâture était la persistance même de mon moi à garder cette peine entre mes doigts : je ne voulais pas laisser partir Emilie.
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